Le « modèle alimentaire » en France est-il en voie de disparition ?

Au cours de l’année 2012, nous avons cherché à améliorer la compréhension des comportements des mangeurs. Le colloque de décembre a montré la complexité multifactorielle de ces comportements. Même si la recherche de modifications des comportements est quelquefois légitime, les leviers d’action sont très restreints.

En 2013, la poursuite de ces réflexions porte plus particulièrement sur le « modèle alimentaire français ». Il fait l’objet d’un attachement culturel important (patrimoine mondial de l’Unesco). Il est souvent présenté comme étant favorable à la santé. De nouvelles pratiques alimentaires semblent néanmoins se développer. La question des évolutions de ce modèle a donc été choisie comme thème du colloque qui aura lieu le 19 novembre 2013.

Le terme « modèle alimentaire » fréquemment utilisé inclut plus ou moins tous les aspects de l’alimentation. Le colloque devra donc le préciser et décrire le modèle alimentaire en France. La comparaison avec d’autres pays met en évidence ce qui distingue la France : caractéristiques des repas (horaires, structure séquentielle, dimension sociale et aspect communiel), temps passé aux activités culinaires et alimentaires sans oublier le discours négatif sur le grignotage. Le modèle français se caractérise donc moins par les gastronomies et les régimes que par les modalités des prises alimentaires et les représentations et les normes qui y sont associées.

Si ce modèle reste encore très majoritaire, on constate cependant des pratiques qui s’en éloignent. C’est le cas dans certains groupes comme les personnes vivant seules (qui représentent une part croissante de la population) et les populations en situation de précarité. Le modèle est également perturbé par de nouveaux modes de vie à certains moments, notamment les jours de semaine, comme on peut l’observer dans les pratiques alimentaires hors domicile.

À partir de ces observations non exhaustives des évolutions du modèle alimentaire en France, le colloque abordera l’analyse des principaux facteurs économiques et socioculturels. Quel est l’impact du développement des produits prêts à manger (plats cuisinés, traiteur, pizza, sandwiches, kebab) et des nouvelles formes de leur distribution (livraison à domicile, drives, ventes ambulantes, boulangeries, stations-service, distribution automatique…) ? Le développement de la scolarisation, du salariat et de l’urbanisation (entre autres) modifie profondément les modes de vie et entraîne des contraintes spatio-temporelles qui ne permettent pas l’application stricte du modèle. Si la transmission du modèle se poursuit au sein des familles d’origine lors de la petite enfance, d’autres influences culturelles s’exercent sur les individus au cours de leurs trajectoires sociales. Ayant une pluri-appartenance sociale et culturelle, les individus pratiquent des adaptations et métissages autour du noyau dur du modèle d’origine. Que déduire de ces changements ? Quelles en sont les incidences nutritionnelles ?

Le modèle alimentaire en France comporte des caractéristiques favorables (santé, plaisirs et convivialité) qui méritent d’être préservées. Dans une optique prospective, la conclusion de la journée devra repérer les marges d’action potentielles des différents acteurs de la chaîne alimentaire pour sauvegarder ces éléments positifs.

Jean-Louis Lambert
Président du groupe de travail en charge de la préparation du colloque 2013 du FFAS

Les commentaires sont fermés.