« Nutrition et systèmes alimentaires » : présentation du rapport et premières discussions

Suite à la publication du rapport « Nutrition et systèmes alimentaires » réalisé par le Panel d’experts de haut niveau (HLPE) du Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA), le FFAS organise, le mercredi 15 novembre 2017, une présentation du rapport par Patrick Caron, président du Panel, et une première discussion avec les acteurs français concernés.


Une personne sur trois est aujourd’hui mal nourrie dans le monde, comme le montre le rapport sur les Systèmes alimentaires et la nutrition publié le mois dernier par le Panel d’Experts de Haut Niveau du Comité des Nations Unies sur la Sécurité Alimentaire mondiale (HLPE-CSA)[1]. Si les tendances actuelles se prolongeaient, une sur deux pourrait l’être à l’horizon 2030, l’échéance à laquelle l’Objectif de Développement Durable 2[2] de l’Agenda 2030 des Nations Unies pour le Développement Durable est supposé mettre fin à la malnutrition. À l’heure où s’opère une prise de conscience planétaire de l’ampleur de ce fléau, presqu’un temps oublié, nous peinons à le considérer ou à le traiter autrement que par le prisme des crises mises en avant par les médias, qu’il s’agisse de famine dans la Corne de l’Afrique ou de scandales sanitaires.

Les crises traduisent en réalité une profonde évolution de la carte des différentes formes de malnutrition. Si le chiffre inacceptable de 800 millions de personnes se couchant tous les soirs la faim au ventre diminue trop lentement, ceux de 2 milliards de personnes en situation de surpoids et de 600 millions de personnes obèses augmentent de manière dramatique, année après année. Le premier n’est pas l’exclusive des pays dits en développement et les seconds des pays dits développés : carences et pléthore affectent aujourd’hui tous les pays et toutes les catégories sociales et les mécanismes qui les génèrent sont parfois intimement liés. Par l’ampleur de leurs conséquences, ces fléaux sont devenus le problème numéro un de santé publique. Ils ne peuvent être dissociés, tant ils interpellent les systèmes alimentaires dans leur ensemble, localement comme globalement, et l‘attention exclusive portée au 20ème siècle à l’augmentation de la production pour accompagner la transition démographique. Les empreintes sanitaire, environnementale et sociale des systèmes de production n’étaient certainement pas une priorité ; elles le deviennent. Cela nous conduit à repenser les destins liés de l’agriculture, de l’environnement, du climat, de l’énergie, de l’emploi, de la stabilité politique et de la santé, et à faire de l’alimentation un levier essentiel pour opérer les intenses transformations nécessaires. Cela nous force à décloisonner ce qui l’a été pour répondre aux enjeux d’un autre temps et d’un autre contexte, et en particulier les interventions conçues dans les mondes de l’agriculture, de l’alimentation et de la santé. Cela nous oblige à relier ce qui se passe en France et dans le monde.

En présentant les réponses – possibles – apportées ici ou là, le rapport du HLPE insiste sur le rôle central de l’environnement alimentaire, compris comme l’ensemble des facteurs et processus qui conditionnent les préférences et choix des consommateurs. Il montre ainsi combien la consommation ne se résume pas à un acte individuel sur lequel nous n’aurions collectivement pas prise, si ce n’est par la culpabilisation.

À l’heure où se dessine donc une nouvelle image de ce fléau, comment agir ? Gageons que nous puissions le faire en évitant le prisme exclusif d’une diabolisation médiatisée des boucs émissaires ou encore celui d’une promesse d’un avenir meilleur par un simple maquillage des pratiques anciennes. Espérons que nous parvenions à construire ce bien public constitué de styles, régimes et pratiques alimentaires saines et diversifiées sous la houlette des acteurs publics et avec l’engagement de toutes les catégories d’acteurs concernées. Espérons que les Etats généraux de l’alimentation offrent en outre l’occasion de tisser un lien fécond et innovant entre les agendas locaux, français et planétaire.

Patrick Caron
Président du Panel d’Experts de Haut Niveau du Comité des Nations Unies sur la Sécurité Alimentaire mondiale (HLPE-CSA)

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[1] http://www.fao.org/fileadmin/user_upload/hlpe/hlpe_documents/HLPE_Reports/HLPE-Report-12_EN.pdf

[2] Éliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable.

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