De nouvelles idées anti-gaspillage, accueillies avec réserve

Par Laure Brumont, L. R. B., E. T. R., T. Q., P. H. C. — AFP, 21/06/2019

 

Paris, 21 juin 2019 (AFP) – Trois ans après le vote de la loi contre le gaspillage alimentaire, un rapport présenté cette semaine préconise quatorze mesures pour la rendre plus ambitieuse : ces idées, quoique collant aux attentes des consommateurs, sont cependant accueillies avec scepticisme. Initiateur de cette loi en 2016, Guillaume Garot, député socialiste de la Mayenne, a présenté mardi devant la commission des Affaires économiques de l’Assemblée ses préconisations « pour prolonger l’ambition qu’elle avait fixée », aux côtés de Graziella Melchior (LaREM, Finistère). Tous deux à la tête d’une mission d’évaluation de la loi ont établi un constat : « plus que de rattraper les dérives d’une société de surconsommation, il faut (les) +éviter+ ». Ainsi, selon l’UFC Que-Choisir, 20 kg de produits alimentaires sont gaspillés par consommateur et par an, dont 7 n’ayant même pas été pas déballés. Au terme de dizaines d’auditions d’acteurs de la chaîne alimentaire, les deux co-rapporteurs ont préconisé « une politique publique plus préventive, par un renforcement des contrôles et des sanctions applicables », ainsi que par « de nouveaux outils d’action ». Parmi leurs quatorze mesures figurent « la suppression de certaines dates limites de consommation sur les produits secs » (épicerie, conserves, huile et miel), la création d’un « Fonds national anti-gaspillage alimentaire » ou l’encouragement aux dons entre particuliers. – dates de péremption – Si ces mesures vont dans le sens d’une consommation plus responsable et plus respectueuse de la planète de plus en plus plébiscitée par les Français, certaines risquent d’être compliquées à mettre en place, selon des associations, sociétés ou organismes impliqués dans le mouvement « anti-gaspi », interrogés par l’AFP. « Notre combat du moment, ce sont les dates de péremption », affirme ainsi Lucie Basch, fondatrice de l’application « Too Good to Go », rappelant avoir lancé cet automne une pétition (#ChangeTaDate) à destination des industriels, qui a recueilli plus de 61.000 signatures. « C’est bien d’avoir mentionné le riz et les flocons d’avoine », pour lesquels une « date de durabilité minimale » (DDM) pourrait ne plus être indiquée mais uniquement une « date de fabrication », « mais on voudrait que la liste soit plus exhaustive », estime-t-elle. Pour Olivier Andrault, chargé de mission alimentation à l’UFC-Que Choisir, ces propositions mériteraient d’être « musclées » : l’association propose ainsi de d’exiger que la date limite de consommation (DLC), notamment des produits laitiers, ait une véritable justification « sanitaire » et non pas « une origine marketing, pour faire +tourner+ les stocks. Si rien n’est fait, ce système « restera toujours au bon vouloir des industriels et des fabricants », soutient Mme Basch, selon qui la France est en retard par rapport aux pays scandinaves notamment. Dans un message à l’AFP, l’Association nationale des industries agroalimentaires (Ania), affirme travailler actuellement « pour sensibiliser et faire de la pédagogie sur les dates, favoriser le don et lutter contre le gaspillage alimentaire ». – plus d’innovation – Alors que ne sont actuellement concernées que les surfaces de plus de 400 m2, grandes pourvoyeuses des banques alimentaires, il est « essentiel » d’impliquer davantage les petits commerces de bouche (bouchers/charcutiers, boulangers, traiteurs) dans la lutte contre le gaspillage, ajoute Mme Basch, même s’il faut favoriser aussi « d’autres initiatives innovantes ». Didier Orainta, à la tête du réseau d’épiceries en vrac « Day by Day », estime ainsi qu' »il faut inventer des processus spécifiques » adaptés à ce types de petites surfaces, car les sociétés valorisant les invendus et déchets alimentaires « ne se déplacent qu’en cas de volumes importants ». Enfin, les députés souhaiteraient « davantage de contrôles (des grandes et moyennes surfaces, NDLR) et des sanctions plus fermes », mais la Répression des Fraudes travaille déjà à flux tendu. Dans un récent communiqué, l’intersyndicale de la DGCCRF dénonçait ainsi les « suppressions d’emploi » en son sein et les « attaques incessantes sur (ses) missions ».

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