Etude interventionnelle sur les consommations alimentaires, l’activité physique et le sommeil des Français : réalisation de la phase qualitative

Contexte de la recherche
Parmi les déterminants du développement de problèmes de santé, alimentation, activité physique/sédentarité et sommeil sont trois dimensions importantes. Elles représentent des temps conséquents du quotidien et font l’objet de recommandations de santé publique (par jour, manger 5 fruits et légumes, marcher 10 000 pas et dormir entre 7 et 9 heures). Les questions du manger-bouger-dormir sont en général étudiées de façon isolée alors qu’elles évoluent de manière interdépendante.

Par ailleurs, les données scientifiques soulignent que certaines périodes de la vie, appelées périodes charnières, sont particulièrement propices à des modifications de comportements, qui en fonction des individus et de leur vécu, sont favorables ou défavorables à la santé. Parmi ces moments, l’arrivée du premier enfant ou le départ à la retraite font partie de ces « périodes de rupture ». Comment se recompose alors le quotidien des individus à travers le manger, le bouger et le dormir à ces deux périodes de vie ?

Méthodologie et population d’enquêtés
Le FFAS a confié en 2017 à Amandine Rochedy, sociologue rattachée au laboratoire CERTOP de l’Université Toulouse-Jean Jaurès, la réalisation d’une enquête sociologique, sous la direction de Jean-Louis Lambert et Silvy Auboiron. À partir d’entretiens, cette recherche visait à étudier les changements susceptibles d’intervenir lors de ces deux événements dans les motivations, les représentations et les pratiques concernant « manger-bouger-dormir », les interactions entre ces trois dimensions et l’articulation de ces comportements avec la forme et la santé.

Le terrain se compose de deux protocoles menés dans trois villes françaises : Paris, Toulouse et Saint-Etienne. D’une part, il a été réalisé 46 entretiens auprès de 16 familles ayant un premier enfant de moins de 18 mois (entre le 3 avril et le 6 août 2018). Chaque famille a fait l’objet d’entretiens individuels, puis d’entretien de couple (hors famille monoparentale). En complément, des observations ont été conduites sur les temps d’approvisionnement, de préparation et de temps de repas, dans ces mêmes familles. D’autre part, 30 entretiens individuels avec des retraités depuis moins d’un an ont été effectués. Au total, 76 entretiens ont été menés. Les enquêtés des deux populations sont de tout âge et de toutes conditions socio-économiques.

Deux étudiantes de l’ISTHIA, à l’Université Toulouse-Jean Jaurès (Master Sciences sociales appliquées à l’alimentation), Charline Blanc et Margot Delanné ont participé à la campagne d’entretiens (essentiellement des retraités) et ont assuré une partie des retranscriptions.

Principaux résultats
De ces données émergent quelques grandes tendances. Les pratiques alimentaires des parents s’ajustent en fonction de celles de l’enfant : multiplicité des courses, diversification et augmentation des préparations culinaires, diminution des temps de repas et des temps de convivialité. L’activité physique tend à augmenter. Le temps de sommeil diminue et les temps de récupération se réduisent.

À l’inverse, les retraités accordent beaucoup plus d’importance aux temps d’approvisionnement et de préparation et au fait de manger et leurs repas sont « plus équilibrés ». Selon les individus, « en profiter » consiste à augmenter ou à diminuer son temps d’activité physique. Le temps et la qualité du sommeil s’améliorent.

Chez les individus nouvellement parents comme chez les retraités, les liens entre manger-bouger-dormir ne sont pas spontanément perçus. Le sommeil apparaît comme l’élément central du sentiment d’être « en forme ». Les modifications du sommeil sont vécues comme le moteur des changements dans les pratiques alimentaires ou d’activité physique, générant un cercle vertueux ou vicieux. Par exemple, une altération du sommeil peut entraîner des modifications des pratiques alimentaires et de l’activité physique, qui en retour peuvent modifier le sommeil.

Sous ces grandes tendances se cache en fait une grande hétérogénéité et une complexité des situations. Les décisions concernant manger-bouger-dormir sont fortement influencées par les déterminants socio-culturels (principalement genre, âge, situation familiale, position sociale et lieu d’habitation). Par ailleurs, d’autres dimensions participent de la construction des décisions : matérielles (temps, espace, budget), sociales (normes, charges mentales, soutiens), psychologiques (motivations) et symboliques (identité personnelle, professionnelle, etc.). Dans ces contextes, les individus adoptent différentes formes de rationalité – en routine, en valeur et/ou en finalité – dans la façon de construire leurs choix.

Dans cette étude, la principale limite porte sur la pluralité des situations particulières. Néanmoins, deux éléments pourraient être pris en compte par les politiques publiques de prévention de la santé. Elles doivent être définies, d’une part, en prenant en considération les périodes de vie spécifiques et d’autre part, en prenant en considération simultanément les temps d’alimentation, d’activité physique/sédentarité et de sommeil.

Cette recherche ouvre des questionnements sur la façon de recueillir des données autour des trois dimensions étudiées (alimentation-activité physique et sommeil). Elle fait aussi émerger une réflexion sur la temporalité des questions de routine et invite à un regard critique sur l’impact du sociologue sur les pratiques individuelles quotidiennes.

Valorisation des résultats
– Conférence
Rochedy A., 2019, « Approche qualitative du manger, bouger et dormir : Quelles évolutions à l’arrivée du premier enfant et lors du passage à la retraite ? », Paris, Conférence FFAS : Continuités et ruptures de trois déterminants de la santé lors du 1er enfant et lors du passage à la retraite : Alimentation, Activité physique et Sommeil, 5 février.

– Posters
Rochedy A., 2018, « Des changements alimentaires pluriels et évolutifs pour les mangeurs nouvellement “parent” », Nice, Journées Francophones de Nutrition, 28-29 novembre.

Rochedy A., 2018, « Questionner les parents sur leurs pratiques quotidiennes et celles de leur enfant : deux parcours de vie qui se co-construisent », Paris, Parcours de vie et santé : Apport des méthodes biographiques en santé publique, 18-19 octobre.

Perspectives
La valorisation des données collectées se traduira par  : 1) l’écriture d’un chapitre de livre (Promesses alimentaires, ouvrage dirigé par Tristan Fournier et Sébastien Dalgalarrondo dans la collection Table des Hommes, co-éditée par les Presses Universitaires de Rennes et les Presses Universitaires François Rabelais) dont le titre provisoire est : « De l’optimisation à l’adaptation du quotidien : le « bien-être » des jeunes parents à travers l’alimentation, l’activité physique et le sommeil » (juin 2019)  et 2) une communication lors du congrès colloque Interdisciplinaire International: « Bouleversements au quotidien et socialisation alimentaire « par frottement » : Une évolution constante avec le rythme du premier enfant » (Toulouse, 15 au 17 mai 2019).

Une recherche complémentaire auprès des mêmes familles (n=16), un an après la première enquête (juin 2019), va être réalisée afin de questionner les pratiques et leurs évolutions au sein des trois dimensions.

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